mercredi 29 juillet 2009
dimanche 15 février 2009
Orghast
J'avais 20 ans que j'ai rêvé les yeux ouvert. je vins d'être nommé pour collaborer avec une troupe internationale sous la direction de peter Brook pour une aventure théâtrale nommé Orghast dans les ruines de persepolis situé dans le sud de l'Iran près de Shiraz. Les répétitions devait se dérouler dans un jardin de paradis (Bagh-e-Ferdows). Elles ne pouvaient pas se situer ailleurs, cela va sans dire. Un pareil spectacle devrait être répéter dans un pareil lieu magique et envoûtant. C'est comme le contenant devez mériter le contenu.
Un ami après passer une nuit entière avec Bob Wilson et son spectacle marathon de 168 heurs intituler " Ka mountain and guardenia terrace " sur la montagne de Haft Tun près de Shiraz écrit dans un journal : " Hier soir, nous avons rêver, toute la nuit, les yeux ouvert ". Et ceci étaient notre cas (en tout cas pour moi). Mais pour une période beaucoup plus longue que l'espace d'une nuit. Nous avons rêvé pendant plusieurs mois, les yeux plein ouvert et complètement éveillé. j'étais jeune et je ne connaissais pas grand chose du théâtre mais j'étais fasciner par ce qui se passe pendant les répétitions et je sentais que c'est une occasion rare et unique qui pouvait être se présenter dans la vie d'un comédien; qu'il fallait d'être éveiller pour saisir l'occasion. D'ailleurs le spectacle que nous avons fait était unique dans son genre. Se réunir tant de personnalité importante du théâtre sur un lieu magique pour un spectacle hors norme, joué ce spectacle devant le tombeau d'Artaxerxès II sur la montagne situé au dessus d'esplanade de Persepolis et l'immense pleine de Marvdasht, dans des langages mortes et inventées, au couché du soleil ; et tout cela sans aucun recours à des moyens artificiel comme la lumière, ne sont pas des éléments qu'on peut se trouver tous les jours dans le monde du spectacle. Et d'ailleurs sur ce point le courage des décideurs du Festival sont appréciable.
Regardons ce qu'il a écrit Guy Dumur en guise de préface au livre de Peter Brook " l'espace vide " à ce propos :
" Peter Brook installé à Paris depuis 1968, n'a interrompu sa retraite que pour monter le songe d'une nuit d'été à Straford et, au festival de Chiraz-Persépolis, Orghast, qui représente, aux yeux de quelques-uns, un des plus grands accomplissements théâtraux de ce temps. Pour monter ce spectacle en fonction du pays où il devait être représenté et qui est le lieu d'une des plus vieilles civilisations de l'histoire du monde, Peter Brook avait commandé à un grand poète et dramaturge anglais, Ted Hughes, un texte qui s'inspirait des mythes les plus anciens, à commencer par celui de Prométhée, prolongé, dans l'ancienne Perse, par les religion mazdéenne et zoroastrienne. Afin d'établir un difficile syncrétisme entre les idiomes de l'antiquité, Orghast était écrit dans une langue imaginaire, à la fois inspirée par le grec ancien, le latin - des passages étaient joués dans ces deux langues - , et la langue sacrée de l'Avesta dont la prononciation a pu être récemment reconstituée par les iranologues. Le texte synthétique permettait aux comédiens de s'appuyer sur des sons, des syllabes, des cris ou des chuchotements en accord avec les lieux choisis pour la représentation et comme surgis du fond des âges. La première partie d'Orghast commençait au coucher du soleil sur la plate-forme creusée dans la montagne devant les bas-reliefs de la tombe d'Artaxerxès. La seconde partie, commencée vers deux heures du matin, s'achevait exactement au moment du lever du soleil et se passait devant les bas-reliefs plus récents des rois sassanides, à quelques kilomètres des ruines de Persépolis. Alors que, pour la première partie, les spectateurs étaient groupés assis devant le tombeau d'Artaxerxès, le second spectacle se passait en différents lieux, sur un espace de plusieurs centaines de mètres, et le public suivait les acteurs dans leurs déplacements. De Prométhée à Œdipe, c'étaient tous les héros de l'antiquité que l'on voyait revivre dans ces deux spectacles, comme s'ils étaient ressuscité de la montagne, de la nuit, du feu. Tout était mystérieux et, à la fois, totalement compréhensible. Nous devenions les contemporains des mythes à la faveur d'un paysage, d'un lieu privilégiés, certes, mais puissamment utilisés par un homme de théâtre qui, pour la première fois, ne se livrait pas à une vaine reconstitution historique ni même archéologique. Ce spectacle, Peter Brook n'a jamais voulu le reproduire en un autre lieu, et c'est sans doute regrettable pour nous. Mais il y a chez cet homme un tel souci d'authenticité qu'il lui aurait paru anachronique, sinon sacrilège, de considérer Orghast, né du sol persan, comme un spectacle d'exportation.

" The world is waiting to see what Peter Brook will do, for he is creating a new field in theater " , she said. " The improvization is an old thing, but Brook wants to prove we can communicate in this style even with the man in the street. "
Fahimeh has been an amateur actress for years preferring that status until now. The first play she performed in, she said, was with an American director and since then she has only done 15 or 16 plays altogether. She felt she could work better that way.
" This is the greatest thing that ever happened to me " , she added. " I never dreamt that one day I would work for such a great director. "
The other nine local actors are Darioush Farhang, Siavoush Tahmores, Mohammed Ghaffari, Sadreddin Zahed, Nozar Azadi, Parviz Pourhossaini, Said Oveissi and Houshang Ghovanlou. There is also an Iranian director in Arby Ovanessian, who has spent sevral months in Paris working with Brook, as has Pourhossaini.
Pourhossaini, 31, was the only one free to go to Paris and he says he had a great time there. He improvized for 10-12 year old children during the four months he was there and also performed in three plays. He began acting with the well known director Hamid Samandarian and the Pasargad troup in 1340 and has appeared in eight television plays.
He echoed Fahimeh's praise for Brook. " He has a unique style, " he said, " and I am learning tremendously from him. After five months with him I see the theater and acting quite differently. "
Farhang is one of the most promising players here. A volatile character he has not long graduated from the Faculty of Fine Arts at Tehran University and he is working for the Theater Department there. He has directed and played in nearly a dozen different plays, ranging from Chekov to " Look Back in Anger " . He is currently directing Thornton Wilder's " Our Town. "
Farhang explained that Ovanessian and another well known local director Davoud Rashidi did the initial rehearsing here until Brook came and took over.
" Brook's style is more the experimental and research phase of the acting ", he said. " We improvize and learn the way the natural actor should act. Also Brook wants to transfer his ideas by way of sound and voice, conveying the emotion to the audience through them. "
He and several other members of the troupe were very impressed by their experience when imperovizing for the people of a village just outside Tehran. " It was a marvellous experiment " , he declared. " We used only four made upwords and the villagers understood easily and quite correctly. "
Said Ovaissi like several of the others has worked with Javanmard, the national director. He has played in a dozen or so television plays, too. He says Javanmard and Brook may be very different in style, but are the same the point of view of discipline. He feels the improvization is of great importance to the development of the actor.
Ghaffari, who started with the Pasargad company as an amateur and is at present with the Theater Workshop, said he thinks Brooks is looking for natural reactions and wants to prove that emotion through voice is more effective than words themselves.
" Among the important things we are learning from him are the technique and discipline in which our theater is lacking " , he continued, " Anybody who does anything artistic should be attached to a series of ethics and that is what Brook teaches us, too. "

Zahed is one of the youngest of the actors, but not the least articulate. He says he thinks Iranians may not at present appreciate the value of Brook's work but he is sure it will have a great effect on the Iranian theater of the future.
" Getting a director like Brook to Iran obviously costs quite a lot of money, " he went on. " So the group he has trained shouldn't be broken up, I believe. We should continue our experimentation in order to be useful to our theater and our society. "
By Mehdi Akhavan ( The Tehran journal, August 7, 1971 )
Un ami après passer une nuit entière avec Bob Wilson et son spectacle marathon de 168 heurs intituler " Ka mountain and guardenia terrace " sur la montagne de Haft Tun près de Shiraz écrit dans un journal : " Hier soir, nous avons rêver, toute la nuit, les yeux ouvert ". Et ceci étaient notre cas (en tout cas pour moi). Mais pour une période beaucoup plus longue que l'espace d'une nuit. Nous avons rêvé pendant plusieurs mois, les yeux plein ouvert et complètement éveillé. j'étais jeune et je ne connaissais pas grand chose du théâtre mais j'étais fasciner par ce qui se passe pendant les répétitions et je sentais que c'est une occasion rare et unique qui pouvait être se présenter dans la vie d'un comédien; qu'il fallait d'être éveiller pour saisir l'occasion. D'ailleurs le spectacle que nous avons fait était unique dans son genre. Se réunir tant de personnalité importante du théâtre sur un lieu magique pour un spectacle hors norme, joué ce spectacle devant le tombeau d'Artaxerxès II sur la montagne situé au dessus d'esplanade de Persepolis et l'immense pleine de Marvdasht, dans des langages mortes et inventées, au couché du soleil ; et tout cela sans aucun recours à des moyens artificiel comme la lumière, ne sont pas des éléments qu'on peut se trouver tous les jours dans le monde du spectacle. Et d'ailleurs sur ce point le courage des décideurs du Festival sont appréciable.
Regardons ce qu'il a écrit Guy Dumur en guise de préface au livre de Peter Brook " l'espace vide " à ce propos :
" Peter Brook installé à Paris depuis 1968, n'a interrompu sa retraite que pour monter le songe d'une nuit d'été à Straford et, au festival de Chiraz-Persépolis, Orghast, qui représente, aux yeux de quelques-uns, un des plus grands accomplissements théâtraux de ce temps. Pour monter ce spectacle en fonction du pays où il devait être représenté et qui est le lieu d'une des plus vieilles civilisations de l'histoire du monde, Peter Brook avait commandé à un grand poète et dramaturge anglais, Ted Hughes, un texte qui s'inspirait des mythes les plus anciens, à commencer par celui de Prométhée, prolongé, dans l'ancienne Perse, par les religion mazdéenne et zoroastrienne. Afin d'établir un difficile syncrétisme entre les idiomes de l'antiquité, Orghast était écrit dans une langue imaginaire, à la fois inspirée par le grec ancien, le latin - des passages étaient joués dans ces deux langues - , et la langue sacrée de l'Avesta dont la prononciation a pu être récemment reconstituée par les iranologues. Le texte synthétique permettait aux comédiens de s'appuyer sur des sons, des syllabes, des cris ou des chuchotements en accord avec les lieux choisis pour la représentation et comme surgis du fond des âges. La première partie d'Orghast commençait au coucher du soleil sur la plate-forme creusée dans la montagne devant les bas-reliefs de la tombe d'Artaxerxès. La seconde partie, commencée vers deux heures du matin, s'achevait exactement au moment du lever du soleil et se passait devant les bas-reliefs plus récents des rois sassanides, à quelques kilomètres des ruines de Persépolis. Alors que, pour la première partie, les spectateurs étaient groupés assis devant le tombeau d'Artaxerxès, le second spectacle se passait en différents lieux, sur un espace de plusieurs centaines de mètres, et le public suivait les acteurs dans leurs déplacements. De Prométhée à Œdipe, c'étaient tous les héros de l'antiquité que l'on voyait revivre dans ces deux spectacles, comme s'ils étaient ressuscité de la montagne, de la nuit, du feu. Tout était mystérieux et, à la fois, totalement compréhensible. Nous devenions les contemporains des mythes à la faveur d'un paysage, d'un lieu privilégiés, certes, mais puissamment utilisés par un homme de théâtre qui, pour la première fois, ne se livrait pas à une vaine reconstitution historique ni même archéologique. Ce spectacle, Peter Brook n'a jamais voulu le reproduire en un autre lieu, et c'est sans doute regrettable pour nous. Mais il y a chez cet homme un tel souci d'authenticité qu'il lui aurait paru anachronique, sinon sacrilège, de considérer Orghast, né du sol persan, comme un spectacle d'exportation.

It's a new field in theater
" One of my greatest ambitions is to work with Peter Brook for ever, " said Fahimeh Rastgar, the sole Iranian actress in Shiraz Festival experimental play " Orghast ". Fahimeh, casually clad like all the other actors from 12 different countries rehearsing or browsing in the garden of the Bagh Ferdows at Tajrish, was summing up the enthusiasm of all the 10 Iraniens chosen to work with the troupe for the renowned director." The world is waiting to see what Peter Brook will do, for he is creating a new field in theater " , she said. " The improvization is an old thing, but Brook wants to prove we can communicate in this style even with the man in the street. "
Fahimeh has been an amateur actress for years preferring that status until now. The first play she performed in, she said, was with an American director and since then she has only done 15 or 16 plays altogether. She felt she could work better that way.
" This is the greatest thing that ever happened to me " , she added. " I never dreamt that one day I would work for such a great director. "
The other nine local actors are Darioush Farhang, Siavoush Tahmores, Mohammed Ghaffari, Sadreddin Zahed, Nozar Azadi, Parviz Pourhossaini, Said Oveissi and Houshang Ghovanlou. There is also an Iranian director in Arby Ovanessian, who has spent sevral months in Paris working with Brook, as has Pourhossaini.
Pourhossaini, 31, was the only one free to go to Paris and he says he had a great time there. He improvized for 10-12 year old children during the four months he was there and also performed in three plays. He began acting with the well known director Hamid Samandarian and the Pasargad troup in 1340 and has appeared in eight television plays.
He echoed Fahimeh's praise for Brook. " He has a unique style, " he said, " and I am learning tremendously from him. After five months with him I see the theater and acting quite differently. "
Farhang is one of the most promising players here. A volatile character he has not long graduated from the Faculty of Fine Arts at Tehran University and he is working for the Theater Department there. He has directed and played in nearly a dozen different plays, ranging from Chekov to " Look Back in Anger " . He is currently directing Thornton Wilder's " Our Town. "
Farhang explained that Ovanessian and another well known local director Davoud Rashidi did the initial rehearsing here until Brook came and took over.
" Brook's style is more the experimental and research phase of the acting ", he said. " We improvize and learn the way the natural actor should act. Also Brook wants to transfer his ideas by way of sound and voice, conveying the emotion to the audience through them. "
He and several other members of the troupe were very impressed by their experience when imperovizing for the people of a village just outside Tehran. " It was a marvellous experiment " , he declared. " We used only four made upwords and the villagers understood easily and quite correctly. "
Said Ovaissi like several of the others has worked with Javanmard, the national director. He has played in a dozen or so television plays, too. He says Javanmard and Brook may be very different in style, but are the same the point of view of discipline. He feels the improvization is of great importance to the development of the actor.
Ghaffari, who started with the Pasargad company as an amateur and is at present with the Theater Workshop, said he thinks Brooks is looking for natural reactions and wants to prove that emotion through voice is more effective than words themselves.
" Among the important things we are learning from him are the technique and discipline in which our theater is lacking " , he continued, " Anybody who does anything artistic should be attached to a series of ethics and that is what Brook teaches us, too. "

Zahed is one of the youngest of the actors, but not the least articulate. He says he thinks Iranians may not at present appreciate the value of Brook's work but he is sure it will have a great effect on the Iranian theater of the future.
" Getting a director like Brook to Iran obviously costs quite a lot of money, " he went on. " So the group he has trained shouldn't be broken up, I believe. We should continue our experimentation in order to be useful to our theater and our society. "
By Mehdi Akhavan ( The Tehran journal, August 7, 1971 )
jeudi 6 novembre 2008
dimanche 27 juillet 2008
Quintette ( Abbas Naalbandian )

QUINTETTE
Contes de pluie d’amour et de mort
Abbas Naalbandian
Traduction
Mariam Gassemi – Sadreddin Zahed
Cette traduction est dédiée à
Jean-jacques SCHFFER
Quintette
Contes de pluie d’amour et de mort
Premier mouvement
Il pleut noir, mort
Une pièce avec des objets simples qui dénotent une vie modeste. Une grosse radio très vieille. Une armoire en bois. Sur le sol un vieux tapis. A gauche, un matelas recouvert d’un édredon. Quelques oreillers. Sur la cheminée des objets hétéroclites. A droite, une porte. Une lampe allumée pend au plafond.
Sur le matelas, l’édredon semble cacher un corps. A droite, la mère et la fille sont debout, côte à côte. La fille a la mine défaite, les vêtements en désordre.
La fille : Il est mort ?
La mère : Oui.
La fille : Non.
La mère : (Ironique.) Si !
La fille : Mon dieu !
La mère : Regarde pas !
La fille : Non !
La mère : Crie pas !
La fille : J’ai peur. (Elle s’éloigne de sa mère.)
La mère : Calme-toi !
La fille : Il a les yeux ouverts.
La mère : Reste pas là !
La fille : Il est pas mort ! Ses yeux….
La mère : Tais-toi !
La fille : (Elle court.) Au secours !
La mère : (Elle court après sa fille.) Ta gueule !
La fille : (Elle se heurte au mur.) Qu’est-ce qui s’est passé ?
La mère : Me fais pas peur !
La fille : Il bouge pas, maman !
La mère : Il est mort !
La fille : Sa tête !
La mère : Tu me fous la trouille !
La fille : Appelons quelqu’un….
La mère : Tu veux faire un scandale ?
La fille : Pourquoi ?
La mère : On se demandera pas ce qu’il foutait dans notre lit ?
La fille : Hein ?
La mère : Ou si ça serait pas nous qui l’avons tué ?
La fille : Dans notre lit ?
La mère : Dans ton lit.
La fille : Oui.
La mère : Qu’est-ce qui s’est passé ?
La fille : Il couchait avec moi.
La mère : Et alors ? (La fille se met à pleurer.)
La mère : Alors ? (La fille pleure.)
La mère : Il avait fini ? (La fille pleure.)
La mère : Alors il est à poil. (La fille pleure.)
La mère : Faut qu’on lui mette son pantalon.
La fille : Peut-être qu’il est vivant.
La mère : Non.
La fille : Peut-être qu’il est tombé dans les pommes. Peut-être qu’il a eu une attaque.
La mère : Et alors ? Parle !
La fille : Il était sur moi. Tout d’un coup, il est tombé raide.
La mère : Faut faire gaffe ! (Pas de panique. Voyons voir.)
La fille : D’abord, j’ai pas compris.
La mère : Alors, qu’est-ce que t’as fait ?
La fille : J’ai eu peur.
La mère : Et t’as crié ?
La fille : J’ai eu peur. J’ai crié. T’es venue. Je l’ai repoussé. J’ai sauté du lit.
La mère : ça tape dans ma tête.
La fille : Faut appeler les flics.
La mère : Y a pas du bruit dehors ?
La fille : Si c’était les voisins qui se réveillent ?
La mère : Mettons-lui son pantalon !
La fille : Foutons le camp, maman !
(La fille se glisse sous l’édredon, auprès de l’homme. Elle tire l’édredon sur eux. La mère s’asseoit en tailleur par terre, face au public.)
La fille : Arrête !
L’homme : Laisse-moi voir !
La fille : Me serre pas tant !
L’homme : Ta gueule !
La fille : Oh c’que t’es lourd !
L’homme : Ouais.
La fille : Pourquoi t’as dit que je t’ai frappé la gueule avec une caillasse ?
L’homme : Quand ça ?
La fille : Salaud de menteur. (Pause) Pourquoi t’as menti ?
L’homme : Attends ! Attends !
La fille : Tu savais que c’était pas moi. (Pause) Quand est ce que tu vas me foutre la paix ?
L’homme : Pourquoi tu remets ça ? On s’était mis d’accord.
La fille : Tu me dégoûtes.
L’homme : ça fait rien !
La fille : Tire ta main !
L’homme : A chaque coup, tu me les gonfles !
La fille : Ah, si je pouvais te les gonfler vraiment !
L’homme : T’as pas honte !
La fille : Ca te va bien à toi de parler de honte ! (Pause) Grouille-toi, Bon Dieu, je peux plus respirer ! (Pause) Pourquoi tu bouges plus ?
(Soudain la fille hurle. Elle repousse l’homme. Hagarde, elle sort de sous l’édredon, et tremblante, se réfugie contre le mur. La mère se lève, va vers la radio, l’allume.)
Voix de la première femme : Attrape-lui l’autre pied ! Tire- le !
Voix de la deuxième femme : Et s’il reste coincé dans le puits ?
Voix de la première femme : C’est large, il ira jusqu’au fond.
Voix de la deuxième femme : J’ai peur que ça se sache.
Voix de la première femme : Quelqu’un sait qu’on l’a emmené ici ?
Voix de la deuxième femme : Et si quelqu’un venait ?
Voix de la première femme : Tiens-le ! Plus fort ! Jette-le !
(Bruit d’un corps qui tombe lourdement. La mère éteint la radio.)
La fille : Dis quelque chose !
La mère : Attends ! Laisse-moi me reprendre.
La fille : Je crois qu’il faut le dire.
La mère : Ben voyons !
La fille : Mais comme ça, c’est pire.
La mère : Hein ?
La fille : Il diront que c’est nous qui l’avons tué.
La mère : Et s’ils le savent pas ?
La fille : Hein ?
La mère : S’ils le savent pas ?
La fille : Ils le sauront.
La mère : Et s’il était jamais venu ?
La fille : Quoi ?
La mère : S’il était jamais venu ici ?
La fille : Tu veux dire qu’on l’emmène ailleurs ?
La mère : Pourquoi pas ?
La fille : Où ça ?
La mère : N’importe où.
La fille : On peut ?
La mère : On peut pas ?
La fille : Les flics vont nous arrêter.
La mère : Non.
La fille : Si ! Ils nous foutront en taule.
La mère : On va le balancer en douce dans l’égout.
La fille : Il est lourd. Très lourd.
La mère : Eh ben, à deux…
La fille : Moi, j’ai peur. J’y touche pas.
La mère : Si tu l’ouvres encore une fois, je te tue.
La fille : Je touche pas à un mort.
La mère : Pfff !
La fille : Je me sens pas bien.
La mère : (Fais un effort.) Accroche-toi !
La fille : J’peux pas.
(La mère se glisse sous l’édredon, auprès de l’homme. Elle tire l’édredon sur eux. La fille s’assoit en tailleur par terre, face au public.)
La mère : Fumier !
L’homme : Laisse-moi voir !
La mère : Crève !
L’homme : Ta gueule !
La mère : T’as fini ?
L’homme : Ouais.
La mère : T’as pas honte de me dire des saloperies pareilles devant tout le monde, pour si peu de fric ?
L’homme : Quand ça ?
La mère : Va voir là-bas si j’y suis ! Allez, pousse-toi !
L’homme : Attends ! Attends !
La mère : T’as pris de mauvaises habitudes, hein ? Tu rappliques ici tous les soirs.
L’homme : Pourquoi tu remets ça ? On s’était mis d’accord.
La mère : Ce mois-ci, je te payerai un peu plus tard.
L’homme : Ca fait rien.
La mère : Dis à l’épicier d’être gentil.
L’homme : A chaque coup, tu me les gonfles !
La mère : Ah, si je pouvais t’arracher ce truc entre les jambes et t’en bourrer la gueule !
L’homme : T’as pas honte !
La mère : Ca te va bien à toi de parler de honte ! (Pause) Grouille toi, Bon Dieu, je peux plus respirer ! (Pause) Pourquoi tu bouges plus ?
(Soudain la mère hurle. Elle repousse l’homme. Hagarde, elle sort de sous l’édredon, et tremblante, se réfugie contre le mur. La fille se lève, va vers la radio, l’allume.)
Voix du premier homme : Secoue tes habits ! T’as de la poussière.
Voix du deuxième homme : Je me sens mieux.
Voix du premier homme : Oublie pas qu’on s’est pas vus aujourd’hui.
Voix du deuxième homme : Ouais. Pourvu qu’y ait pas de pépin.
Voix du premier homme : Y’en aura pas. Faut seulement pas perdre les pédales.
Voix du deuxième homme : Je me sens mieux, moi.
(On entend un rire sonore. La fille éteint la radio.)
La mère : Faut qu’on lui mette son pantalon.
La fille : Fais-le toi-même.
La mère : Arrête tes conneries. On fait tout ensemble.
La fille : Faut appeler les flics.
La mère : Oui !
La fille : Crions à l’aide.
La mère : Ferme la porte !
La fille : Quelle porte ?
La mère : C’est quoi ce bruit ?
La fille : On dira la vérité.
La mère : C'est-à-dire ?
La fille : Qu’il venait ici.
La mère : Ils nous foutront en taule.
La fille : Non ?
La mère : Si.
La fille : Alors, on attend un peu…
La mère : Pourquoi faire ? (Pause) J’ai faim.
La fille : …Qu’il fasse plus sombre.
La mère : Plus sombre que ça ?
La fille : C’est qu’il est lourd.
La mère : Non, pas tellement.
La fille : Si.
La mère : Quoi ?
La fille : Si !
La mère : J’ai faim. Mangeons quelque chose.
La fille : Je me sens mal. J’étouffe.
La mère : Va chercher la nappe !
(Tout en parlant, mère et fille étendent la nappe et y disposent de la nourriture.)
La fille : Comment on va l’emmener ?
La mère : Où ça ?
La fille : Là où on doit l’emmener.
La mère : On va le balancer dans l’égout. (Pause) Dans le puits.
La fille : Comment on doit l’emmener ?
La mère : Ah ! On va le fourrer dans le sac !
La fille : Quel sac ?
La mère : Le grand.
La fille : Mais il est pas à nous.
La mère : Et le cadavre, il est à nous ?
La fille : Et pour traverser la cour ?
La mère : On le prendra sur le dos.
La fille : Et la porte ?
La mère : Quoi encore ?
La fille : Le pauvre, il avait même pas dîné.
La mère : Qu’est-ce que t’en sait ?
La fille : Peut-être.
(La nappe est servie. Mère et fille s’assoient autour et se mettent à manger calmement. La lumière diminue à tel point qu’on les distingue à peine. Alors, l’homme repousse l’édredon et se traîne lentement vers la nappe. La lumière disparaît peu à peu.)
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