jeudi 6 novembre 2008
dimanche 27 juillet 2008
Quintette ( Abbas Naalbandian )

Contes de pluie d’amour et de mort
Abbas Naalbandian
Traduction
Mariam Gassemi – Sadreddin Zahed
Cette traduction est dédiée à
Jean-jacques SCHFFER
Quintette
Contes de pluie d’amour et de mort
Premier mouvement
Il pleut noir, mort
Une pièce avec des objets simples qui dénotent une vie modeste. Une grosse radio très vieille. Une armoire en bois. Sur le sol un vieux tapis. A gauche, un matelas recouvert d’un édredon. Quelques oreillers. Sur la cheminée des objets hétéroclites. A droite, une porte. Une lampe allumée pend au plafond.
Sur le matelas, l’édredon semble cacher un corps. A droite, la mère et la fille sont debout, côte à côte. La fille a la mine défaite, les vêtements en désordre.
La fille : Il est mort ?
La mère : Oui.
La fille : Non.
La mère : (Ironique.) Si !
La fille : Mon dieu !
La mère : Regarde pas !
La fille : Non !
La mère : Crie pas !
La fille : J’ai peur. (Elle s’éloigne de sa mère.)
La mère : Calme-toi !
La fille : Il a les yeux ouverts.
La mère : Reste pas là !
La fille : Il est pas mort ! Ses yeux….
La mère : Tais-toi !
La fille : (Elle court.) Au secours !
La mère : (Elle court après sa fille.) Ta gueule !
La fille : (Elle se heurte au mur.) Qu’est-ce qui s’est passé ?
La mère : Me fais pas peur !
La fille : Il bouge pas, maman !
La mère : Il est mort !
La fille : Sa tête !
La mère : Tu me fous la trouille !
La fille : Appelons quelqu’un….
La mère : Tu veux faire un scandale ?
La fille : Pourquoi ?
La mère : On se demandera pas ce qu’il foutait dans notre lit ?
La fille : Hein ?
La mère : Ou si ça serait pas nous qui l’avons tué ?
La fille : Dans notre lit ?
La mère : Dans ton lit.
La fille : Oui.
La mère : Qu’est-ce qui s’est passé ?
La fille : Il couchait avec moi.
La mère : Et alors ? (La fille se met à pleurer.)
La mère : Alors ? (La fille pleure.)
La mère : Il avait fini ? (La fille pleure.)
La mère : Alors il est à poil. (La fille pleure.)
La mère : Faut qu’on lui mette son pantalon.
La fille : Peut-être qu’il est vivant.
La mère : Non.
La fille : Peut-être qu’il est tombé dans les pommes. Peut-être qu’il a eu une attaque.
La mère : Et alors ? Parle !
La fille : Il était sur moi. Tout d’un coup, il est tombé raide.
La mère : Faut faire gaffe ! (Pas de panique. Voyons voir.)
La fille : D’abord, j’ai pas compris.
La mère : Alors, qu’est-ce que t’as fait ?
La fille : J’ai eu peur.
La mère : Et t’as crié ?
La fille : J’ai eu peur. J’ai crié. T’es venue. Je l’ai repoussé. J’ai sauté du lit.
La mère : ça tape dans ma tête.
La fille : Faut appeler les flics.
La mère : Y a pas du bruit dehors ?
La fille : Si c’était les voisins qui se réveillent ?
La mère : Mettons-lui son pantalon !
La fille : Foutons le camp, maman !
(La fille se glisse sous l’édredon, auprès de l’homme. Elle tire l’édredon sur eux. La mère s’asseoit en tailleur par terre, face au public.)
La fille : Arrête !
L’homme : Laisse-moi voir !
La fille : Me serre pas tant !
L’homme : Ta gueule !
La fille : Oh c’que t’es lourd !
L’homme : Ouais.
La fille : Pourquoi t’as dit que je t’ai frappé la gueule avec une caillasse ?
L’homme : Quand ça ?
La fille : Salaud de menteur. (Pause) Pourquoi t’as menti ?
L’homme : Attends ! Attends !
La fille : Tu savais que c’était pas moi. (Pause) Quand est ce que tu vas me foutre la paix ?
L’homme : Pourquoi tu remets ça ? On s’était mis d’accord.
La fille : Tu me dégoûtes.
L’homme : ça fait rien !
La fille : Tire ta main !
L’homme : A chaque coup, tu me les gonfles !
La fille : Ah, si je pouvais te les gonfler vraiment !
L’homme : T’as pas honte !
La fille : Ca te va bien à toi de parler de honte ! (Pause) Grouille-toi, Bon Dieu, je peux plus respirer ! (Pause) Pourquoi tu bouges plus ?
(Soudain la fille hurle. Elle repousse l’homme. Hagarde, elle sort de sous l’édredon, et tremblante, se réfugie contre le mur. La mère se lève, va vers la radio, l’allume.)
Voix de la première femme : Attrape-lui l’autre pied ! Tire- le !
Voix de la deuxième femme : Et s’il reste coincé dans le puits ?
Voix de la première femme : C’est large, il ira jusqu’au fond.
Voix de la deuxième femme : J’ai peur que ça se sache.
Voix de la première femme : Quelqu’un sait qu’on l’a emmené ici ?
Voix de la deuxième femme : Et si quelqu’un venait ?
Voix de la première femme : Tiens-le ! Plus fort ! Jette-le !
(Bruit d’un corps qui tombe lourdement. La mère éteint la radio.)
La fille : Dis quelque chose !
La mère : Attends ! Laisse-moi me reprendre.
La fille : Je crois qu’il faut le dire.
La mère : Ben voyons !
La fille : Mais comme ça, c’est pire.
La mère : Hein ?
La fille : Il diront que c’est nous qui l’avons tué.
La mère : Et s’ils le savent pas ?
La fille : Hein ?
La mère : S’ils le savent pas ?
La fille : Ils le sauront.
La mère : Et s’il était jamais venu ?
La fille : Quoi ?
La mère : S’il était jamais venu ici ?
La fille : Tu veux dire qu’on l’emmène ailleurs ?
La mère : Pourquoi pas ?
La fille : Où ça ?
La mère : N’importe où.
La fille : On peut ?
La mère : On peut pas ?
La fille : Les flics vont nous arrêter.
La mère : Non.
La fille : Si ! Ils nous foutront en taule.
La mère : On va le balancer en douce dans l’égout.
La fille : Il est lourd. Très lourd.
La mère : Eh ben, à deux…
La fille : Moi, j’ai peur. J’y touche pas.
La mère : Si tu l’ouvres encore une fois, je te tue.
La fille : Je touche pas à un mort.
La mère : Pfff !
La fille : Je me sens pas bien.
La mère : (Fais un effort.) Accroche-toi !
La fille : J’peux pas.
(La mère se glisse sous l’édredon, auprès de l’homme. Elle tire l’édredon sur eux. La fille s’assoit en tailleur par terre, face au public.)
La mère : Fumier !
L’homme : Laisse-moi voir !
La mère : Crève !
L’homme : Ta gueule !
La mère : T’as fini ?
L’homme : Ouais.
La mère : T’as pas honte de me dire des saloperies pareilles devant tout le monde, pour si peu de fric ?
L’homme : Quand ça ?
La mère : Va voir là-bas si j’y suis ! Allez, pousse-toi !
L’homme : Attends ! Attends !
La mère : T’as pris de mauvaises habitudes, hein ? Tu rappliques ici tous les soirs.
L’homme : Pourquoi tu remets ça ? On s’était mis d’accord.
La mère : Ce mois-ci, je te payerai un peu plus tard.
L’homme : Ca fait rien.
La mère : Dis à l’épicier d’être gentil.
L’homme : A chaque coup, tu me les gonfles !
La mère : Ah, si je pouvais t’arracher ce truc entre les jambes et t’en bourrer la gueule !
L’homme : T’as pas honte !
La mère : Ca te va bien à toi de parler de honte ! (Pause) Grouille toi, Bon Dieu, je peux plus respirer ! (Pause) Pourquoi tu bouges plus ?
(Soudain la mère hurle. Elle repousse l’homme. Hagarde, elle sort de sous l’édredon, et tremblante, se réfugie contre le mur. La fille se lève, va vers la radio, l’allume.)
Voix du premier homme : Secoue tes habits ! T’as de la poussière.
Voix du deuxième homme : Je me sens mieux.
Voix du premier homme : Oublie pas qu’on s’est pas vus aujourd’hui.
Voix du deuxième homme : Ouais. Pourvu qu’y ait pas de pépin.
Voix du premier homme : Y’en aura pas. Faut seulement pas perdre les pédales.
Voix du deuxième homme : Je me sens mieux, moi.
(On entend un rire sonore. La fille éteint la radio.)
La mère : Faut qu’on lui mette son pantalon.
La fille : Fais-le toi-même.
La mère : Arrête tes conneries. On fait tout ensemble.
La fille : Faut appeler les flics.
La mère : Oui !
La fille : Crions à l’aide.
La mère : Ferme la porte !
La fille : Quelle porte ?
La mère : C’est quoi ce bruit ?
La fille : On dira la vérité.
La mère : C'est-à-dire ?
La fille : Qu’il venait ici.
La mère : Ils nous foutront en taule.
La fille : Non ?
La mère : Si.
La fille : Alors, on attend un peu…
La mère : Pourquoi faire ? (Pause) J’ai faim.
La fille : …Qu’il fasse plus sombre.
La mère : Plus sombre que ça ?
La fille : C’est qu’il est lourd.
La mère : Non, pas tellement.
La fille : Si.
La mère : Quoi ?
La fille : Si !
La mère : J’ai faim. Mangeons quelque chose.
La fille : Je me sens mal. J’étouffe.
La mère : Va chercher la nappe !
(Tout en parlant, mère et fille étendent la nappe et y disposent de la nourriture.)
La fille : Comment on va l’emmener ?
La mère : Où ça ?
La fille : Là où on doit l’emmener.
La mère : On va le balancer dans l’égout. (Pause) Dans le puits.
La fille : Comment on doit l’emmener ?
La mère : Ah ! On va le fourrer dans le sac !
La fille : Quel sac ?
La mère : Le grand.
La fille : Mais il est pas à nous.
La mère : Et le cadavre, il est à nous ?
La fille : Et pour traverser la cour ?
La mère : On le prendra sur le dos.
La fille : Et la porte ?
La mère : Quoi encore ?
La fille : Le pauvre, il avait même pas dîné.
La mère : Qu’est-ce que t’en sait ?
La fille : Peut-être.
(La nappe est servie. Mère et fille s’assoient autour et se mettent à manger calmement. La lumière diminue à tel point qu’on les distingue à peine. Alors, l’homme repousse l’édredon et se traîne lentement vers la nappe. La lumière disparaît peu à peu.)
mercredi 16 juillet 2008
Literary Thinking, Theatrical Thinking ( Sadreddin Zahed )
lundi 14 juillet 2008
Sadreddin Zahed


They put his youthful picture next to his article.

He started acting from the acting workshops; then he lifted himself up by joining the city theatre team and then went as far as Charsoo theatre and city theatre. Then his acting broke the borders and he went to the theatre of Rome

and then to the theatre of Paris.
Then he went to Amsterdam, Frankfurt, Lahe, Koln, New York, London, and Nice and returned to Paris.

From the very beginning, he was in touch and association with a wide circle of good Iranian directors and famous European ones like Khojaste Kia, Shahroo Kheradmand, Abbas Naalbandian, Esmail khalaj, Iraj Anvar, Arby Ovanessian, Bijan Mofid, Peter Brook, Andy Degrout, André Serban, Jorge Lavelli and worked with them. But his main collaboration was with Ovanessian. From the Disaster of Hosseinebne Mansoure Hallaj to Brecht's (Beckett's) The Good Days ( Happy days) and to the Brecht's Horror of the Third Reich (Fear and Misery of the Third Reich) to Golshiri's Big Explosion ( The Big Bang ) and Peter Gill's The Privacy of the Asleep ( A Sleeper's Den ) to Camu's Caligula and Hedayat's Buried Alive and Chekhov's The Cherry Orchard, he has appeared on the stage in one way or another, from breathing dust on the stage to acting in plays or directing them. He has had a very outstanding and active presence in many festivals of the world. He taught in the workshop of Tehran University for a while in the end of last century. He translated many books into Persian; since they are all about theatre, they were published with the help of Ovanessian.
He is very active in cinema and television too; he has written many essays about theatre in journals including " Theatre Within and Without the Borders " and the same essay " Literary Thinking and Theatrical Thinking ", a new work which is for the first time published for the professional readers of Persian Art. Sadreddin Zahed is still working on the stages of famous theatres of the world in European countries and resumes his artistically opulent life. God bless him wherever he is; we wish him a joyful life!
mercredi 25 juin 2008
Adaptation d'un récit de Sadégh Hédâyat " Lunatique "
Sadeq Hédâyat
( Récit écrit en français par Hédâyat à Bombay )
Lumière de naissance, du commencement

L’HOMME : Une pluie torrentielle fouettait le sol sans défense.

(LA PLUIE – NOIR TOTALE)
Premier jour
Lumière : une ampoule au plafond
L’HOMME : Dans la chambre, au rez-de-chaussée de ma nouvelle pension, quoique visiblement confortable, je ne pouvais pas encore m’habituer aux objets environnants : les meubles avaient une expression bizarre, énigmatique, vivante. La commode trapue, sérieuse, la haute armoire dure et moqueuse, la brave table ronde, le miroir coquet, tous me surveillaient avec une vigilance menaçante. Une odeur âcre et poivrée originaire des Indes flottait dans l’air. Un vieux cordonnier hindou, avec son turban rouge, à demi-nu, s’était abrité sous ma fenêtre en une pose hiératique et résignée, en contemplant le déchaînement des éléments. Il était desséché, presque décharné teinté d’olive, les yeux noirs enfoncés dans l’orbite, sa barbe mal soignée lui mangeait le visage. Une vieille boite et des chaussures usées traînaient devant lui.
Intérieur : Chambre d’hôtel - La soirée
Lumière : une ampoule au plafond
Soudain, on frappa à ma porte : j’ouvris, une femme mince, au visage pâle, aux trais réguliers, avec de grands yeux verts clairs et une chevelure de paille, me dit :
Elle me remercia et s’en alla dans la chambre voisine. J’arrêtai mon phono, en pensant qu’elle devait être une étrangère encore mal adaptée à la musique hindoue, ou la détestant par préjugé. Je m’étendis sur mon lit en parcourant une revue illustrée locale.

Intérieur : Salle à manger - Le soir
Lumière : Découpes sur la table
Après souper, je demandai à notre patron des renseignements sur cette femme. Le patron avec
sa physionomie simiesque et le clignement significatif de ses yeux, me dit :
Extérieur : Chez le cordonnier - La nuit
Lumière : Dehors, la fenêtre
Extérieur : Une rue de Bombay – La nuit de pleine lune
Lumière : La rue + La pleine lune
Extérieur : Bord de mer – La jetée
Lumière : La pleine lune
Intérieur : La chambre d’hôtel – La nuit
Lumière : une ampoule au plafond
Deuxième jour
Lumière : Découpes en guise de couloir
Extérieur : Chez le cordonnier – Le soir
Lumière : Dehors

Lumière : La pleine lune

( NOIR )
Extérieur : Chez le cordonnier – La nuit
Lumière : Dehors
Troisième jour
Lumière : Dehors

Intérieur : La salle à manger – Le soir
Lumière : Découpes pour la table
Extérieur : Le taxi – Une rue de Bombay – La nuit
Lumière : La rue
Extérieur : Bord de mer - Hanging Garden – La nuit
Lumière : Dehors
Extérieur : Le taxi – Une rue de Bombay – La nuit
Lumière : La rue

( NOIR )
Intérieur : La chambre d’hôtel – La nuit
Lumière : Une ampoule au plafond

Quatrième jour
Lumière : Découpes pour la table
Intérieur : La chambre d’hôtel – La nuit de pleine lune
Lumière : Une ampoule au plafond
FELICIA : - Viens près de mois.

Cinquième jour
Lumière : Découpe en guise de couloir
Adaptation théâtrale : Sadreddin ZAHED
